Laâyoune panse ses plaies. 24 heures après les événements du lundi, la ville compte ses pertes. Le bilan des affrontements entre les forces de l’ordre et les émeutiers est très lourd. A l’heure où nous mettions sous presse, le chef-lieu des provinces du Sud avait retrouvé son calme hier mardi 9 novembre. La tension s’est dissipée et la situation est devenue presque normale dans l’ensemble des quartiers de la ville, notamment ceux qui ont connu la veille des actes de vandalisme et des affrontements musclés. Bilan: 8 morts et plusieurs dizaines de blessés (plus de 75) entre manifestants et sécuritaires. Plusieurs véhicules ont été brûlés, des commerces caillassés et pillés, des agences bancaires saccagées et des établissements publics pris d’assaut (CRI, Conseil régional, Cour d’appel, SNRT…)
L’incident du lundi est survenu suite à l’opération de démantèlement d’un campement installé illégalement à 10 kilomètres de la ville sur la route de Smara.
Pour rappel, le camp communément appelé Gdim Izik a été monté le 19 octobre dernier. Depuis, une série de négociations ont été menées par les autorités locales. Une fois toutes les voies de dialogue épuisées, les forces de l’ordre ont reçu l’ordre d’intervenir. Cette intervention avait reçu l’aval du Parquet, dans le but de «disperser une bande qui refusait que les gens quittent le camp après avoir bénéficié d’aides de l’Etat », précisent les autorités locales. Et d’ajouter: «les forces de sécurité sont surtout intervenues pour libérer des personnes âgées, des femmes et des enfants en bas âge qui étaient sous l’emprise d’un groupe d’individus ayant des antécédents judiciaires et recherchés pour des délits de droit commun».
Sauf que le timing de cette intervention a coïncidé avec un nouveau round de négociations entre le Maroc et le Polisario dans la banlieue new-yorkaise.
Depuis l’installation du campement le 19 octobre, les émeutiers ont réclamé «des conditions de vie meilleures, des logements, des emplois ou encore le droit au système des Cartias». Une sorte de carte de l’Entraide nationale qui donne droit à une aide mensuelle de l’ordre de 1.500 DH par personne. Mais depuis quelques jours, ces doléances à caractère social ont été récupérées par des fauteurs de troubles. Du coup, les personnes qui avaient des revendications sociales sont devenues otages de milices organisées ayant des prises de position politiques bien définies et qui n’ont aucune volonté à ce que le dossier soit résolu, ni le campement levé. De sources concordantes à Laâyoune, «ce sont généralement des repris de justice qui tiennent un discours pro-séparatiste et qui cherchaient plutôt une escalade de la situation à travers des affrontements avec les autorités locales». Une sorte d’implosion en vue d’une sur-médiatisation à l’international pour donner à la délégation algérienne et à celle du Polisario des arguments « recevables » dans les négociations de New York.
La preuve est que la plupart des meneurs étaient des rapatriés récents des camps de Tindouf et qui ont regagné le Maroc il y a à peine quelques mois. «Il fallait s’assurer de la bonne foi de ces gens avant d’entamer leur rapatriement des camps de Tindouf. Et même après ces rapatriements massifs, les notables et chioukhs auraient pu être sollicités pour vérifier si ces gens avaient l’intention de servir de relais aux séparatistes», signale le cheikh d’une tribu dans la région de Laâyoune. A l’heure où nous mettions sous presse, la police avait procédé à l’arrestation de plus de 65 personnes en possession d’armes blanches. Elles ont été placées en garde à vue. Des enquêtes ont été diligentées pour vérifier les degrés d’implication dans les meurtres, le vandalisme et les pillages.
source :l’economiste
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