Cinq personnes ont trouvé la mort mercredi dans de nouveaux affrontements en Tunisie, rapportent des témoins, et des heurts ont opposé forces de l’ordre et manifestants qui bravaient le couvre-feu décrété à Tunis.
Le président Zine el Abidine Ben Ali, qui fait face à une vague de contestation sans précédent depuis son arrivée au pouvoir, il a y 23 ans, a limogé son ministre de l’Intérieur.
Le Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, a annoncé le remplacement de Rafik Belhaj Kacem par Ahmed Friaa, ingénieur et ancien membre du gouvernement.
Le chef de l’Etat en outre ordonné la remise en liberté des manifestants arrêtés depuis le 16 décembre, date du début des troubles, pour tenter de désamorcer la situation.
Malgré ses promesses, de nouvelles manifestations ont eu lieu mercredi dans trois villes de province.
Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées à Kasserine, ville du centre-ouest théâtre de violences ce week-end, aux cris de « Va-t’en Ben Ali », ont rapporté des témoins.
A Douz, dans le désert, trois témoins interrogés par Reuters ont fait état de quatre morts au moins, dont un universitaire, après des tirs de la police.
Un homme de 23 ans a par ailleurs été abattu lors d’affrontements avec la police à Thala, dans l’Ouest, ont rapporté à Reuters deux témoins et le frère de la victime.
VIOLENCE « INACCEPTABLE » POUR L’UE
Le défunt, Wajdi Sayhi, était sourd et n’a pas entendu l’ordre de dispersion de la police. Il a été touché d’une balle à l’abdomen, a déclaré par téléphone son frère, Ramzi.
Ces informations n’ont pu être confirmées auprès des autorités, dont le bilan est toujours de 23 morts.
Les manifestants disent protester contre le coût de la vie et la pénurie d’emplois en Tunisie. Les autorités dénoncent l’instrumentalisation de ces manifestations par une minorité d’extrémistes.
Dans un discours télévisé prononcé lundi, Ben Ali s’était contenté de promettre des créations d’emplois et avait accusé les émeutiers de commettre des « actes de terrorisme ».
L’Union européenne s’est démarquée mercredi de la prudence de la France, ancienne puissance coloniale, face aux violences en Tunisie en estimant qu’elles étaient inacceptables et que leur répression était disproportionnée.
A Paris, le porte-parole du gouvernement, François Baroin, a défendu, face aux critiques de l’opposition, la réaction française aux événements de Tunisie, qu’il juge « équilibrée ».
Le gouvernement tunisien a décrété un couvre-feu de 20h00 (19h00 GMT) à 06h00 (05h00 GMT) à compter de ce mercredi pour Tunis et sa banlieue.
Après son entrée en vigueur, plusieurs centaines de jeunes ont lancé des pierres en direction des forces de l’ordre à El Omran, dans les faubourgs de la capitale. Les policiers ont riposté à coups de grenades lacrymogènes et en tirant en l’air.
Des soldats et des véhicules de l’armée avaient auparavant fait leur apparition en au moins deux endroits du centre-ville où la plupart des magasins sont restés fermés. Le calme y régnait à l’heure du couvre-feu.
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