Les mouvements populaires qui affectent aujourd’hui une bonne partie du monde arabe nous interpellent profondément et directement. La chute de Ben Ali, les manifestations du peuple égyptien pour amener Hosni Moubarak à quitter le pouvoir, le jeu des puissances occidentales, États-Unis en tête, celui d’Israël également, mais aussi la perspective d’assister, à Tunis et au Caire, à la renaissance des mouvements islamistes jusque-là interdits ou à peine tolérés, sont des questions qu’on ne peut évoquer de la façon simpliste ou caricaturale qui, trop souvent, caractérise la démarche de la presse occidentale, familière des clichés faciles, des analyses rapides, des amalgames réducteurs, tel celui de « la contagion », sur ces mêmes colonnes dénoncé dans une précédente édition. Plusieurs constats s’imposent donc. Le premier énonce que la vague de rejet qui affecte certains Etats de la région est d’abord et avant tout le résultat de l’impopularité de leurs régimes. Il s’agit essentiellement de dictatures qui bafouent les droits de l’Homme, imposent le parti unique, refusent l’ouverture démocratique, le pluralisme, la liberté d’expression et, pour couronner le tout, s’emploient à pérenniser leur pouvoir en transformant leurs mandats en charges héréditaires. La Tunisie était menacée de cette dérive et il aura fallu que le peuple égyptien descende en masse dans les rues du Caire, d’Alexandrie et de Suez pour que le Président Moubarak annonce, contraint et forcé, qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat en septembre prochain ! Mais ces deux pays ne sont pas les seuls à connaître une telle caricature de la représentation élective. La Syrie, le Yémen, l’Algérie et d’autres encore, sont des Etats de dictature où les services sécuritaires et l’armée représentent les seuls soutiens de pouvoirs qui ont perdu tout contact avec leurs peuples respectifs !
Le second constat nous enseigne que les démocraties occidentales, les « grandes puissances », celles du Nord, ont trop longtemps accordé leur soutien et leur appui à ces régimes au nom d’une « realpolitik » qui faisait passer leurs intérêts (économiques, stratégiques, financiers) avant le respect des principes universels de la démocratie. Ben Ali était un « rempart » contre les islamistes de Ennahda, Moubarak le garant de la sécurité et de la paix avec Israël, mais aussi le meilleur obstacle à la résurgence du mouvement des Frères Musulmans en Egypte, etc…
Les apprentis sorciers
Aujourd’hui, parce que ces pouvoirs sont fortement contestés, rejetés même, les « spécialistes » occidentaux, les chancelleries européennes et américaine se rappellent les principes, engagent les vieux dictateurs à la mesure, leur conseillent de partir et envisagent, pour préserver leurs positions au Moyen Orient, des solutions médianes, de transition, de recomposition des champs politiques égyptien, tunisien et autres, lesquelles formules donnent place désormais aux forces les plus conservatrices, celles qui utilisent l’Islam pour développer leur idéologie rétrograde. Dans cet exercice d’ailleurs, nulle place pour la nuance, pour la reconnaissance de démarches différentes, d’expériences réussies de démocratisation, de respect des fondamentaux démocratiques universels alors que de telles situations existent dans l’ensemble arabe-islamique. Le Maroc est ce cas avec son système de Monarchie constitutionnelle et parlementaire, avec son multipartisme, son pluralisme syndical, sa société civile forte et dynamique, sa presse libre et plurielle, ses radios privées, son Islam aussi fortement installé dans le coeur de tous les Marocains que tolérant et respectueux des autres croyances. Le Maroc est ce pays arabe et musulman où la politique de développement économique et social a permis, avec une croissance moyenne annuelle supérieure à 5% depuis près de dix années, l’émergence d’une classe moyenne à l’esprit consumériste, le lancement de programmes sociaux sous l’égide de l’INDH, l’adoption d’un nouveau Code de la Famille plus juste envers la Femme et ses Droits, la mise sur pied de l’Instance Equité et Réconciliation pour faire la lumière sur les années de plomb, mais aussi le Rapport du Cinquantenaire, véritable et salutaire exercice de critique et d’autocritique sur cinq décennies d’Indépendance du Royaume. Alors que les Etats développés du Nord redécouvraient, à cause de la crise des subprimes américains, les vertus du keynésianisme, le Maroc était déjà depuis l’aube de la décennie 2000, engagé sur cette voie de développement qui a produit des avancées que tous les Marocains peuvent reconnaître et apprécier, même si les insuffisances, les poches de pauvreté, les inégalités, la corruption, les déficiences du système de Santé, l’Éducation ou encore la Justice ou le droit au logement sont des questions aussi pressantes que fortes à résoudre.
Cassandres …
Le dernier constat qu’induit la vague de mobilisation de la rue égyptienne, tunisienne, et, sans doute demain, syrienne ou algérienne, c’est que l’exception marocaine, qui est véritable, forte, indéniable, n’est pas reconnue à sa juste valeur, mais qu’elle est, de surcroît, combattue, niée, dénigrée, par des forces, des individus, des secteurs, guidés par l’aveuglement, la haine, la rancoeur et la volonté de détruire ce modèle marocain. La transition, ce concept qui est désormais sur toutes les bouches des « analystes » occidentaux, sur les titres de la presse internationale, a été réussie au Maroc, n’en déplaisent à ceux qui, de l’étranger ou bien calés dans leurs salons casablancais ou r’batis, se plaisent à rêver d’un « grand soir » qui balaierait tout et tous ceux qui, comme eux, ont largement prospéré depuis plus de dix ans !
Le Maroc, malgré les problème sociaux qui peuvent l’affecter, n’est pas à comparer à l’Algérie, la Tunisie ou l’Égypte et ni les exilés volontaires aigris, ni les « princes colorés » ne pourront durablement distiller leurs analyses catastrophistes et leurs prédictions assassines, alors que la réalité est si différente de leurs outrances. De même, ceux qui, outre-Détroit, se plaisent à fabriquer des informations qui voudraient accréditer la thèse de « la contagion », imaginant des mouvements de troupes et des menaces de déstabilisation, nous prouvent encore une fois qu’en Espagne notamment existent des milieux et des médias qui n’ont d’autre souci que d’abattre le modèle marocain. Ce modèle qui, désormais, représente une formidable attraction pour les investisseurs étrangers, dispose d’infrastructures performantes et modernes à même de concurrencer les meilleurs opérateurs de la Rive Nord de la Méditerranée et qui, contrairement à la péninsule ibérique en son entier, ne connaît ni les affres du chômage, ni la récession, ni les déficits publics abyssaux et encore moins la défiance des places financières internationales !!! Ce modèle marocain, assurément, saura aller de l’avant, se développer encore plus et, sans doute, profiter à bon escient des conséquences malheureuses et durables, qui ne manqueront pas d’affecter les économies tunisienne et égyptienne. Et c’est sans cynisme que l’on soulignera que la realpolitik, chère aux Occidentaux, les conduira à reconnaître et profiter des atouts et potentialités du Maroc, où la stabilité et la sécurité sont assurées !
source : la nouvelle tribune
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