ujourd’hui à Paris, le Medef, Mouvement des entreprises de France, reçoit une forte délégation d’entreprises marocaines, parmi les plus importantes de la place. Cette opération cherche à passer par-dessus les préventions que peuvent nourrir les opérateurs à l’endroit du commerce et de l’investissement au Maghreb. Le cadre de la rencontre est tout désigné. En fait, c’est le contexte classique: en France, on connaît sans connaître, les pays du Maghreb. En conséquence, les entreprises française redoutent d’être victimes du «printemps arabe», avec en premier lieu les ruptures de plan de charge, sans solution de rechange. C’est ce qui est arrivé aux partenaires de la Tunisie: trois ou quatre semaines d’arrêt lesquelles, in fine, remettent en cause la compétitivité… en France. En dehors des têtes d’affiche du CAC 40, c’est en effet toute une population de grosses PME ou de petites entreprises très pointues, qui ont trouvé au Maghreb les conditions de leur développement ou encore d’une survie honorable. D’ailleurs, l’opération est discrètement soutenue par le gouvernement français, qui se soucie de la compétitivité de ses entreprises. Plusieurs rencontres politiques sont prévues, en large des explications strictement économiques. Pour une raison de «dignité et d’image», la délégation marocaine ne veut pas donner l’impression de vouloir récupérer les contrats mis en difficulté en Tunisie et en Egypte. Naturellement, si cela se produit, il est douteux que les Marocains refusent le transfert. En fait les chiffres de février, même s’ils sont encore provisoires, montrent bien que le Maroc n’a pas profité de transferts. Au contraire, février restera comme un mois piteux tant pour les investissements que pour le commerce. Et ce fut pire encore pour le tourisme, après, heureusement, un mois de janvier inespéré. Ceci explique sans doute que Saïda Karim-Lamrani du groupe Safari et Mohamed Kettani de Attijariwafa bank, les deux maîtres d’œuvre de la rencontre, n’aient pas trouvé de réticence dans la formation de la délégation marocaine. Pourtant, elle mobilise, pour deux jours pleins en milieu de semaine, des entreprises qui pèsent lourd dans le PIB comme dans le leadership du Royaume. En outre, elles ont bien préparé leur voyage, avec des chiffres, des concertations et des précontacts avec les partenaires habituels. Pour elles, individuellement comme pour le Maroc dans son ensemble, cette journée pèse lourd. En fait, la délégation sait parfaitement ce que leurs interlocuteurs attendent. Ils veulent, d’abord, évaluer le risque marocain. Sur ce point, les dernières notations, y compris Ducroire, traditionnellement frileux, sont restées ce qu’elles étaient. Résultat, le Maroc est devenu le meilleur partenaire d’Afrique du Nord, financièrement, commercialement et aussi politiquement. En plus, ces notations sont intervenues pour la plupart après les propositions royales du 9 mars. L’effet n’a pas besoin d’être détaillé, surtout quand le Royaume reste le seul pays arabe placé sous le régime du statut avancé. Toujours dans la ligne de l’évaluation du risque, le vandalisme du 20 février a déterminé une forte interrogation chez les partenaires de France: le Maroc entrait-il a son tour dans le cycle des violences politiques? Non, avait répondu avec un joli sens de la formule, le ministre Ahmed Chami, juste un «avertissement sans frais». Depuis l’ouverture des inscriptions, les manifestations du 20 mars ont montré que le Maroc n’avait pas perdu la clef de son système de gestion des conflits, appuyé sur les forces de ses institutions et son habitude des débats. Tout compte fait, le mouvement dit du 20 février a donné l’opportunité de reprendre le chemin de la libéralisation politique, qui était en panne depuis quelques années. Il reste en suspens les conditions d’investissements au Maroc. S’il y a eu des améliorations, la panne politique a aussi fait reculer les droits de l’entreprise et la qualité de service dans l’administration. Recul qui peut aller jusqu’à la corruption pure et dure. Le recul constant du Maroc dans les indices de perception est un très mauvais signe, que le gouvernement néglige de manière incompréhensible. La délégation comprend de puissants ministres du gouvernement Abbas El Fassi: Finances, agriculture et pêche, tourisme; commerce-industrie-nouvelles technologies, mines-énergie et environnement, sans oublier le ministre chargé des Affaires économiques auprès du Premier ministre. Naturellement, l’Agence de promotion des investissements de Sijilmassi est du voyage. L’Agence a préféré surseoir à ses campagnes de communication qui devaient commencer ces jours-ci. En revanche, les campagnes pour le tourisme continuent. On ne sait pas exactement pourquoi ces deux domaines ont une stratégie opposée.
Related posts
- Exode : Aucun effort pour conserver les cerveaux
- Annonce en a été faite par Jamal Rhmani : Train de mesures pour booster l’emploi
- Réforme Constitutionnelle Ce que propose la Confédération générale des entreprises du Maroc
- Bilan positif à la CGEM
- 1er mai : les cadeaux du gouvernement
- Et le charme opéra !
- Emploi: Nouveau dispositif
- Le rap issu de l’immigration mis à l’index
- Attentat de Marrakech : l’ordinateur d’Al Otmani a livré ses secrets : La France et les Français, cibles privilégiées des terroristes
- Le Maroc enregistre une chute des IDE à hauteur de 13%

