Ils représentent une part croissante des grands décideurs marocains mais font également leur nom en France, en Suisse, au Canada, aux Etats-Unis et un peu partout dans le monde. Armés de leurs compétences et élargissant sans cesse leurs réseaux des anciens élèves, ils gravitent dans les hautes sphères de la décision, que ce soit au niveau économique et financier, politique, mais également scientifique et culturel. Ces ambassadeurs marocains sont par là même des ponts que le Maroc a vu se consolider depuis plus d’un demi-siècle. Les étudiants et lauréats des grandes écoles, par cela s’entendent les écoles du Top 10 des écoles françaises mais également à l’international, ont des têtes bien faites mais également des têtes bien pleines. Issus des prestigieuses Polytechnique, Ponts et chaussées, des Hautes études commerciales (HEC), de l’Ecole supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC), ou de l’Ecole supérieure de commerce de Paris (ESCP-EAP), de Sciences Po, de l’ENA ou de l’Ecole des Mines… ils représentent une élite certaine sur laquelle peut compter le Maroc, car ils n’ont jamais oublié qui ils étaient avant de briller à l’international. Portraits de ces Marocains prodiges.
Mais avant de décrocher la lune, ces jeunes prodiges marocains des grandes écoles ont dû faire leurs preuves au cours d’une longue et fastidieuse épreuve de force. Dès le lycée, ils s’appliquent à avoir des dossiers sans faille pour décrocher leur inscription en prépa.
La prépa, un long marathon
A l’obtention de leurs baccalauréats, qu’ils se mettent à cœur d’obtenir avec mention, les heureux admis en classes préparatoires pour les grandes écoles quittent le plus souvent leur famille. Sauf pour ceux qui préfèrent rester au Maroc et intégrer des Prépa comme celles du Lycée Descartes ou de la Résidence, ils quittent le cocon familial pour s’envoler vers la ville qui les accueillera durant des années. Parmi les plus rudes de leur existence. Mais qui, finalement, les prépareront à tirer le meilleur d’eux-mêmes pour réussir. Elles dureront deux ans pour ceux qui auront décroché le sésame de l’école de leur choix du premier coup, ou une année de plus pour ceux qui préféreront dupliquer leur année, faire 5/2 selon l’expression consacrée par les ingénieurs, pour accéder à leur école favorite. Celle dont ils ont rêvé, le leitmotiv qui les a fait tenir durant les longues nuits de préparation. Leurs années de prépa ne sont pas une période facile. Ils se doivent de fournir énormément d’efforts et redoubler de travail pour remplir les exigences de la prépa. C’est une voie difficile, ils s’y étaient préparés, et la prépa est fidèle à sa réputation. La quantité de savoir à emmagasiner, mémoriser, analyser est impressionnante. Mais le jeu en vaut la chandelle. Cependant, les premiers mois, beaucoup d’étudiants en classes prépa passent par des phases de déprime. Tout est différent, le rythme, la méthode. Il faut alors combler le fossé qui sépare le lycée de la prépa et surtout garder le moral malgré les premiers DS (évaluations écrites), éprouvants, et dont les résultants sont rarement comparables aux résultats obtenus au lycée. C’est le premier coup de massue. Mais dans une classe de premiers, tout le monde ne peut pas majorer. C’est là que le moral joue. C’est là aussi que les futurs lauréats des grandes écoles se démarquent. Ils forgent alors leur caractère, apprennent à travailler intelligemment. Ils savent que pour réussir leur prépa, il y a une grande part de travail personnel à fournir. Ils se doivent d’être méthodiques, efficaces, rigoureux et la différence se fera par la persévérance. Beaucoup d’entre eux vont oublier leur vie pendant cette période, sacrifier leurs temps, tout en laissant juste assez de loisirs les sortir du rythme effréné de la prépa. Ils essayent en permanence de faire la part des choses, de se concentrer sur la construction de leur avenir et de compter sur le retour sur investissement, leurs portes d’entrées aux plus grandes entreprises et aux plus hautes responsabilités, pour leur faire oublier ces quelques moments de leur vie, consacrés à se perfectionner, encore et encore. Ils savent que les années qui précéderont leur diplomation en grandes écoles seront conditionnées, en grande partie, par la réputation de l’école qu’ils auront décrochée. Ils savent d’ores et déjà que leur avenir sera tout tracé, si et seulement si, ils se donnent à fond à la prépa, pour n’avoir aucun regret.
Certes, l’enseignement prodigué en prépa est de grande qualité, mais ils comptent aussi sur leurs camarades pour avancer. Parallèlement, de la mini-compétition des classes de 30 à 40 élèves naît une complicité et un esprit de corps. Car pendant deux ou trois ans, leurs camarades sont quasiment les seules fréquentations des élèves prépa. Ils sont les seuls à avoir leur rythme, à connaître leurs difficultés. Ils s’entraident pour les exercices et se reboostent en cas de blues.
Les anciens, un soutien indispensable
Néanmoins, les étudiants en classe prépa savent que garder le moral, malgré la fatigue physique et intellectuelle, est la clef du succès. Ils cherchent alors du soutien moral auprès de leur famille, de leurs meilleurs amis et de leurs mentors, professeur ou anciens élèves prépa. Ces derniers jouent d’ailleurs un rôle très important dans la réussite des élèves de classes prépratoires. Ils organisent des sorties, des f’tour pendant le mois de ramadan, des événements culturels auxquels ils font participer les jeunes recrues. Ils les soutiennent, les guident, les conseillent sur tel ou tel exercice, «qui tombe à tous les coups», ou qu’il faut laisser tomber, parce que personne ne l’a jamais compris. Ils les aident à mieux gérer leur stress en leur donnant des astuces ou en leur rappelant que s’ils persévèrent, ils arriveront à devenir aussi bons qu’eux. C’est là que naît la confrérie, le partage entre les nouveaux et les anciens. Les grands frères, qui sont passés par là, leur conseillent de ne pas se laisser impressionner. Tout le monde peut y arriver, tout est question de motivation. Et surtout, ils leurs rappellent qu’il faut une vie en dehors de la prépa, un temps pour les loisirs, et un travail efficace qui permet de dormir ses heures pour avoir les neurones en marche les jours des examens et des concours.
C’est d’ailleurs en constatant le manque de ce type d’entraide que Othmane Akherraz, qui a fait ses classes prépa à Louis-Le-Grand avant d’intégrer la préstigieuse école des Ponts et Chaussées, a décidé de co-fonder, avec un ancien camarade, Edukaty. «Le concept Edukaty s’est basé sur le manque flagrant de bon suivi des étudiants au Maroc. En France, à présent, on amène des professeurs de Polytechnique qui côtoient souvent les étudiants afin de mettre leur savoir et leur expérience à leur disposition. On joue sur le contact, sur le savoir-faire et sur la mise en confiance des étudiants. Bien qu’il soit récent, ce concept a donné ses fruits. Ce n’est que le début. On compte développer l’idée. Le suivi des polytechniciens est excellent», nous confie Othmane. La récente conférence Edukaty à Casablanca, a d’ailleurs fait la preuve de l’intérêt des futurs eleves prépa pour ce type de soutien. La salle était comble, les réservations bouclées longtemps à l’avance, malgré le peu de moyens médiatiques mis en œuvre pour promouvoir l’événement. Othmane, s’excusant de n’avoir pu revevoir tout le monde, a d’ailleurs promis de revenir très prochainement pour une nouvelle conférence, et de nouveaux conseils.
Une fois toutes les astuces en main, et le moral gonflé au maximum, les étudiants de classes prépa doivent faire face à une série de concours pour les grandes écoles. Ils les classent par choix, relient leur profil aux cursus des écoles et à leurs opportunités d’épanouissement personnel et professionnel. Les jours des concours, ils sont seuls contre tous, dans des arènes ou des stades selon le classement et la réputation de l’école à laquelle ils prétendent. A ce moment-là, les conseils des anciens pour garder le cap et ne pas flancher reviennent en tête, ainsi que les anecdotes et les astuces.
Le sésame qui ouvre toutes les portes et fait tomber toutes les frontières
Les résultats sont là, l’attente a été insoutenable, mais la joie n’est est que plus grande. Une fois étudiants dans les écoles tant désirées, les Marocains, en force puisqu’ils représentent la plus forte population étrangère à user les bancs des prestigieuses écoles -plus de 10% des étudiants étrangers qui les fréquentent- bâtissent leur avenir. Ils sortent enfin des études théoriques pour toucher à la pratique. Ils changent complètement de structure et abandonnent enfin le modèle lycée. Ils en ont fini avec les conseils de classe, ils sont enfin dans le monde étudiant. Ils commencent alors un long travail sur leur personnalité, leurs projets professionnels. Loin de leur famille, et de leur Maroc, ils les gardent cependant toujours en tête et en font une force. Ils se réunissent en associations ou en fondent eux-mêmes. Ils partagent leur culture, organisent des événements pour faire connaître leur pays à leurs camarades et à ceux des autres écoles. C’est d’ailleurs par une activité associative florissante qu’ils se démarquent du reste des étudiants étrangers des grandes écoles, plus précisément les Chinois, deuxième plus forte population étrangère des grandes écoles, mais qui n’a pas les mêmes facilités d’échange et d’adaptation. Les Marocains se sentent chez eux en France, ils connaissent et vivent la culture française, et veulent partager la leur. L’activité de ce type la plus récente est celle de l’Association marocaine des grandes écoles Caravanes, qui organise, du 2 au 9 avril 2011, son premier printemps culturel. Une semaine pour proposer, selon les organisateurs, «à un public divers et varié toute la dynamique culturelle qui s’opère au Maroc autour d’événements organisés autant sur Paris que sur Lille, Nancy, Lyon et Toulouse.» Au programme de l’événement, parrainé par Abdellatif Laâbi, écrivain et poète de langue française (prix Goncourt de Poésie en 2009), Dina Bensaid, pianiste marocaine, inscrite au Conservatoire national de Paris ne manquera pas d’émouvoir par son interlude musical, un défilé de caftans, présenté par Dounia Taibi, jeune créatrice lauréate du Collège Lasalle de Casablanca, une table ronde sur «l’inter-culturel entre le Maroc et la France», l’exposition «Arabian Escape» de Amine Benboubker et Ali Berrada. Mais également une soirée impro-théâtre et un café littéraire avec des invités des écrivains marocains et une table ronde sur le thème: «N’y a-t-il de roman marocain que le roman national ?», animée par Abdeslam Cheddadi, fondateur de la première revue littéraire marocaine. Tout un programme et un réel engagement, de la part de cette association, comme de beaucoup d’autres, à faire partager l’amour de son pays, à échanger autour de son histoire, de ses problématiques et de sa culture. Elles organisent également des forums entreprises, de plus en plus prisés par les étudiants, mais aussi et surtout par les grands patrons et les grandes entreprises qui y dénichent la perle rare.
Parmi les étudiants ou lauréats des grandes écoles contactés pour ce dossier, beaucoup ont une activité associative débordante, à l’instar de Mohamed Belmaâza, 21 ans, étudiant à l’ESSEC Business School Paris, président et Co-fondateur de l’AIESEC ESSEC, bureau local de l’association internationale AIESEC . Association qui a pour objectif de développer les capacités de leadership chez les jeunes dans le milieu du commerce. Interrogé à son sujet, Mohamed nous explique que «l’AIESEC, à travers des conférences locales, nationales et internationales, permet aux étudiants d’élargir leur réseau à travers le monde, notamment en échangeant directement avec des étudiants venant de 110 pays, de profiter d’une plateforme internationale de plus de 50.000 offres de stages dans tous les domaines, d’animer des ateliers portant sur les thématiques du management avec une approche socialement responsable, sans toutefois oublier l’échange avec les anciens de l’Association qui viennent nous faire part de leurs conseils, expérience et même parfois repérer des talents pour des offres de stage ou directement pour le développement de projets porteurs. Le réseau aujourd’hui s’avère un facteur très décisif dans la réussite professionnelle et il faut saisir toute occasion qui s’offre pour le développer».
Mohamed précisera d’ailleurs que la vie associative lui permet de s’épanouir «de manière incroyable». L’administration de son école, consciente de l’enjeu de ce facteur a d’ailleurs décidé de faciliter l’ouverture d’associations en son sein. Elles atteignent aujourd’hui les 90 clubs et associations sur le campus. «Cela permet à chacun des étudiants de s’intégrer et de connaître ses camarades de promo. Mais cela n’est pas le seul objectif, derrière les soirées du BDE (Bureau des Etudiants), il y a l’aspect professionnel très formateur, même dans les associations aux thèmes très farfelus, qui est de chercher des partenaires, des sources de financement, d’organiser des évènements sur le campus pour accueillir parfois jusqu’à 7000 étudiants, des voyages, des sorties… Tout cela permet une assimilation très rapide des principes de management du fait de l’ambiance estudiantine qui l’entoure», nous explique le jeune étudiant. Mohamed est d’ailleurs engagé dans deux associations, l’une faisant partie d’un programme appelé «Grande école : Pourquoi pas moi», qui vise à accueillir des lycéens venant des quartiers défavorisés pour leur inculquer les codes nécessaires permettant d’intégrer les Grandes écoles post-prépas ou post-bac. «Les séances de tutorat sont animées par des étudiants, comme moi, à travers des ateliers de culture générale, communication, anglais, actualité, orientation professionnelle … Bref tout ce qu’il faut comprendre pour avoir cet esprit tant recherché par les Grandes écoles d’ingénieur ou de commerce».
Super actifs, en général, les étudiants marocains des grandes écoles arrivent en école dans l’optique que le meilleur qu’ils puissent faire c’est l’associatif. Ils s’enrichissent à travers les expériences associatives, et se donnent ainsi un petit bonus sur leurs CV et des thématiques originales à aborder lors de leurs entretiens d’embauche. C’est bon pour leur carrière et peut-être cela leur a-t-il manqué auparavant. Ils se sont transformés en machines infernales durant leur prépa, le passage en école leur permet alors de connaitre l’expérience au niveau humain et de s’épanouir pleinement, en tournant la page des «années galère». Beaucoup se prennent au jeu de monter des associations… panarabes de manière générale, ou au niveau des bureaux des élèves, des associations sportives, les associations d’élèves… Ils profitent également «à fond» de la vie de leur campus, notamment à travers les soirées et évènements au cours desquels règne une ambiance d’appartenance très forte.
Les réseaux, le petit plus, mais qui peut rapporter gros
En ce qui concerne l’avenir professionnel de leurs étudiants, les écoles jouent un rôle très important. Notamment à travers les ateliers de rencontre avec les entreprises ou les Business Games animés par les dirigeants d’entreprises. Les écoles ont également leur réseau d’anciens, avec lesquels elles restent en contact permanent et «ad vitam eternam» pour assurer des places de stagiaires à leurs étudiants. Les écoles canalisent également les demandes de stages, transférées par les anciens, en poste en entreprise. Elles les répartissent alors selon les spécialités et font des envois groupés aux élèves intéressés. Elles font ainsi circuler l’information entre l’offre et la demande. Et même des années après leur sortie d’école, les lauréats sont toujours dans la boucle des offres d’emploi. Les opportunités restent ainsi toujours ouvertes et les lauréats sont toujours au fait des dernières actualités.
Ceci dit, les marocains des grandes écoles semblent accorder une importance mesurée au réseautage. Ils ont conscience que c’est un plus et une force mais que ce n’est pas par le copinage que l’on réussit. Sinon ils auraient demandé à papa de faire passer leur cv à tonton … sans avoir à passer par une telle épreuve pour prouver ce dont ils sont capables. Ils ont conscience de leur valeur, au Maroc, comme à l’international. D’ailleurs les établissements marocains se les arrachent et les plus grandes entreprises les courtisent. C’est le cas notamment d’Attijariwafabank qui, dans le cadre de sa mission «visant à promouvoir et à valoriser le savoir en vue de l’épanouissement des jeunes», a créé sa fondation, qui mène des actions à destination des étudiants classes préparatoires et des grandes écoles. Notamment en organisant, chaque année, un séjour de concentration en faveur des élèves des classes prépa qui ont réussi l’écrit des concours des grandes écoles françaises, afin de les préparer aux épreuves orales et les assister tout au long de la période du concours. Des équipes d’encadrants et de coachs leur sont entièrement dédiées. Et pour les motiver davantage, des ordinateurs portables sont remis aux élèves les mieux classés aux concours des grandes écoles. Mohamed El Kettani, Président Directeur Général d’Attijariwafa bank, lui-même diplômé de l’École nationale supérieure de techniques avancées (ENSTA ParisTech), a d’ailleurs déjà fait le déplacement à Paris pour présider la cérémonie de remise des prix aux élèves les mieux classés aux concours des grandes écoles d’ingénieurs françaises et marocaines. Un premier contact avec les futurs cadres de la banque ?
La Royal Air Maroc, présidée par Driss Benhima, qui n’est autre que le président de l’association X-Maroc, qui rassemble les lauréats marocains polytechniciens, participe pour sa part et à son niveau à la réussite des plus brillants de nos étudiants en classes préparatoires. En effet, le Collectif Classes Préparatoires pour les Grandes Ecoles (CPGE), constitué d’associations et d’amicales d’anciens des grandes écoles d’ingénieurs et des classes préparatoires (Groupe X Maroc, l’Amicale des Ingénieurs Ponts & Chaussées, l’Association Marocaine des Ingénieurs diplômés des Ecoles des Mines de Paris, Nancy et Saint Etienne, l’Amicale des Centraliens du Maroc, l’Association des Anciens des Classes Préparatoires) et de fondations d’entreprises, présidé par Driss Benhima, a initié une opération accompagnant les élèves de classes préparatoires aux grandes écoles, ayant passé l’écrit au Maroc et l’oral en France, en leur offrant des billets d’avion.
Les tapis sont donc déroulés, alors même que les étudiants ne sont que des lauréats potentiels. C’est pour dire leur rareté et leur importance dans le déroulement futur de l’économie marocaine.
Vas, vis et reviens
Et ça, les Marocains des grandes écoles en sont conscients. Bien qu’employés de firmes internationales de grand prestige, la question du retour est omniprésente chez les Marocains des grandes écoles. Ceci dit, elle ne presse pas. Ils ont tous conscience d’avoir des choses à apporter à leur pays, ils sont mus par de grandes ambitions et veulent accomplir de grandes choses. Ils sont impliqués dans la représentation de leur pays à l’international et portent fièrement ses couleurs. Ils sont motivés par ce Maroc qui bouge et dans lequel ils pourront construire et faire vivre leurs projets. Mais avant de rentrer, les Marocains des grandes écoles veulent faire leurs armes dans les entreprises ou des cabinets de renom. Avides de connaissances, friands de nouvelles cultures et de découvertes, souvent, ils décident de faire une spécialisation voire recommencer un autre diplôme, dans un autre pays que celui où ils ont eu le leur. Rares sont cependant ceux qui rentrent juste après avoir terminé leurs études. Mais ceux qui trouvent en le Maroc un moyen de réaliser leur projet n’hésitent pas une seconde. Ce n’est alors plus une question de calculs entre les différences de salaires, puisqu’ils sont assurés d’avoir des salaires très honorables au Maroc, mais bien une question de projet de vie, professionnel mais également personnel. Jamal El Aoufi, directeur pédagogique du cycle ingénieur de l’Académie internationale Mohammed VI de l’aviation civile a également une thèse qui pourrait exliquer l’allongement de la durée de l’expérience des lauréats des grandes écoles à l’étranger. «A présent, tous les étudiants marocains des grandes écoles à l’étranger préfèrent acquérir une expérience professionnelle avant de rentrer au Maroc. À part le fait que l’expérience à l’étranger soit une valeur ajoutée pour la carrière professionnelle, ces étudiants comment à sentir la concurrence des grandes écoles marocaines. Les établissement marocains ont mis en place de nouveaux programmes d’études et ont modernisé le contenu des modules. En parallèle, ils organisent plusieurs événements dans le but d’établir une connexion entre les étudiants et les entreprises», analyse-t-il.
Ceci dit, une fois rentrés, les Marocains s’enracinent de moins en moins. C’est pourquoi, d’ailleurs, la question du retour se pose beaucoup moins. Ils rentrent et suivent leur bout de chemin, tout en restant ouverts à l’opportunité de repartir, si une occasion de mieux s’épanouir professionnellement ou personnellement s’offrait à eux, ailleurs. Leurs diplômes, qui leur ont ouvert les portes des grandes entreprises et les cieux des plus hautes fonctions, ont également fait tomber les frontières, les rendant libres et leur offrant une très forte mobilité à l’international. Ceci dit, même loin, ils n’oublient jamais le devoir qu’ils ont envers leur mère patrie. Résider à l’étranger ne les empêche en rien de rester actifs, notamment à travers les associations d’anciens, pour perpétrer la tradition du cercle vertueux du parrainage et de la fraternité.
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