Le public présent en nombre à Bab El Makina pour assister à la soirée inaugurale du Festival de Fès des musiques sacrées a pu découvrir une œuvre artistique d’une grande singularité. Il s’agit de l’oratorio «Leylâ et Majnûn, ou l’amour mystique», composé par Armand Amar et qui retrace à travers des chants lyriques et des poèmes l’histoire universelle des célèbres amoureux Majnûn et Leylâ. Transmise en arabe, kurde, pachtou, hindi, urdu ou encore en bengali, cette histoire qui fait de l’amour absolu une véritable quête mystique a inspiré durant des siècles des artistes de différents horizons.
Armand Amar, compositeur reconnu de musiques de films («Indigènes» de Rachid Bouchareb, «Home» de Yann Arthus Bertrand, «Amen» de Costa Gavras, etc.), a voulu mettre en valeur la confrontation de l’héritage traditionnel et du monde contemporain à travers cet oratorio composé d’un prologue, sept chants et un épilogue. Les spectateurs étaient ainsi invités à suivre la trame narrative qui raconte l’histoire depuis le moment où Majnûn et Leylâ tombent amoureux l’un de l’autre, jusqu’à la mort de Leylâ, puis celle de Majnûn. Cette narration se déroule au rythme du passage de vallées, dont chacune représente une étape de l’idylle. Ce sont les vallées du désir, de la conquête, de la séparation, de la solitude essentielle, de l’unicité, de la perplexité et, enfin, de l’anéantissement.
D’abord Majnûn était un jeune homme, beau, riche intelligent et avec un grand don pour la parole poétique, mais l’éloignement forcé et l’interdiction de voir sa bien-aimée, Leylâ, et de lui parler, le feront sombrer dans la folie. Il s’isole de tout ce qui constitue la vie sociale et s’installe dans le désert, refusant de se vêtir et de se nourrir, vivant en symbiose avec les bêtes et en particulier les gazelles, qui lui rappellent Leylâ. Il erre sans fin dans le désert qui illustre l’absence et plonge sa solitude dans des poésies d’une beauté particulière.
La quarantaine d’artistes réunis sur scène ont su ainsi offrir au public des moments magiques et des émotions uniques, en s’adonnant à un jeu harmonieux mariant musique, poèmes et chants. Et ce sont les voix cristallines des chanteurs Combodorj Byambajaral, Enkhajargal Dandavaanchig dit “Epi”, Salar Aghili, Ariana Vafadari, Raza Hussain Khan, Marianne Svasek, Naziha Meftah, Annas Habib et Bruno le Levreur, qui ont eu le plus grand effet sur les spectateurs. Ils ont réussi à exprimer en arabe, en turc et en persan les sentiments les plus extrêmes, transportant ainsi le public au firmament de l’amour absolu.
Par ailleurs, la mise en scène de Rémy Nicolas et les peintures de Mahi Binebine ont apporté une touche de force et de vérité à ce spectacle. Ils ont rappelé au public le désert et ses dunes, témoins de l’une des idylles les plus légendaires, celle de Majnûn et Leylâ. L’oratorio «Leylâ et Majnûn, ou l’amour mystique », œuvre universelle, représente la parfaite illustration de l’esprit du Festival de Fès des musiques sacrées du monde, en faisant dialoguer les différentes cultures à travers la musique qui, par delà les frontières, s’affirme comme un incontournable moyen d’expression de l’âme et du cœur.
Le public fassi conquis par Elena Ledda
L’artiste italienne Elena Ledda, accompagnée de son quintette, avec le chœur polyphonique italien Su Concordu’e su Rosariu di Santu Lussurgiu, a émerveillé le public présent le samedi 4 juin au musée Batha de Fès avec ses chants sacrés de l’île de la Sardaigne, riche de son patrimoine oral qui respire la beauté sauvage de ces montagnes ancestrales et méditerranéennes.
L’œuvre d’Elena Ledda, «Cantendi a Deus» est le fruit d’une longue recherche musicale et linguistique à travers le territoire sarde. Il s’agit d’un recueil de chants traditionnels d’origines linguistiques multiples, comme «Ave Maria Catalane», provenant d’Alghero, et des compositions originales telles «Sa pregadoria», inspirée de la poésie campidanese (du Campidano, sud de la Sardaigne). Par le biais de son œuvre, Elena Ledda a invité les spectateurs à s’imprégner d’une spiritualité qui évoque les petites chapelles juchées au sommet des montagnes, où vit encore une société de bergers encore proche, dans son mode de vie, de celle évoquée dans la Bible ou le Coran.
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