Une longue file de véhicules militaires quitte la base de Contingency Operation Station Kalsu, au sud de Bagdad, avec à bord 99 soldats américains chargés de mener à bien leur dernière mission en Irak: rejoindre avec leurs équipements le Koweït.
Sur l’autoroute, en contact radio, à bord de leurs véhicules blindés dits «Mine Resistant, Ambush Protected» (MRAP) qui avancent à moins de 65 km/h, les soldats sont sur leurs gardes.La visibilité est limitée car l’engin ne possède que de petites fenêtres. Dehors, il fait sombre et à l’intérieur les lumières sont éteintes. L’espace est étroit et les sièges rigides et peu rembourrés. Ce n’est pas le moyen de locomotion le plus confortable, surtout lorsque les passagers ont leur gilet pare-balles, leur casque et tiennent à portée de main leurs armes.
Mais pour ces soldats du 115e bataillon de soutien, de la 1re brigade de combat de la 1re division de cavalerie, l’important c’est de partir et pour que ce dernier voyage se passe sans encombre, ils inspectent minutieusement leurs équipements, notamment les véhicules et les armes.«Je reste très prudent car la menace rôde mais je suis aussi très excité», confie le capitaine McFerrin McDonald, qui a effectué trois séjours en Irak.
«Je prie Dieu que rien ne se passe, mais si par malheur cela devait arriver, je suis prêt. C’est fou de penser que c’est notre dernière mission», assure de son côté le mitrailleur assis dans la tourelle du MRAP.«Je me sens super bien, mais j’aurais aimé que cela arrive plus tôt et qu’il y ait eu moins de morts», ajoute le sergent Steven Baugher qui achève sa seconde mission en Irak.Baugher, McDonald et les autres soldats affirment être heureux d’avoir été déployés en Irak où l’armée américaine sera restée près de neuf ans.
«Aujourd’hui, j’ai le sentiment que ma première mission ne fut pas une perte de temps comme je le pensais quand je suis parti la première fois», reconnaît le sergent.Durant sa première mission de 15 mois «entre 2006 et 2008, il me semblait que rien n’était sur les rails. C’était vraiment dur. Maintenant j’ai le sentiment que les forces irakiennes sont aptes à prendre les choses en main», dit-il.
Le convoi de 21 véhicules s’ébranle vers 19H00 (16H00 GMT) du COS Kalsu et il lui faudra huit heures pour rejoindre le camp Adder, 273 km plus au sud. Durant le trajet, le cortège est obligé de s’arrêter pendant une heure car la dépanneuse doit remorquer un MRAP dont la batterie est tombée en panne.La conversation dans le blindé de McDonald’s tourne autour du sport, des films et des boissons préférées. Mais la plupart du temps les soldats sont silencieux.Peu après minuit, près du camp Adder, la longue file doit à nouveau s’arrêter pour deux heures afin de remorquer un autre MRAP dont un pneu a crevé. A leur arrivée dans le camp près de Nassiriya, les soldats peuvent dormir six heures avant d’entamer le dernier tronçon vers le Koweït.
«Il faisait froid et le chemin a été long», assure le sergent Baugher, qui est resté sur sa tourelle durant tout le trajet.Le lendemain, le lieutenant-colonel Jason Carrico, le chef du 115e bataillon déclare à ses hommes: «Vous avez écrit l’histoire. Si vous ne me croyez pas aujourd’hui, vous vous en apercevrez plus tard. Soyez-en fiers».Mais il leur demande de ne pas relâcher leur vigilance sur les derniers 193 km jusqu’au Koweït. Aucun cri de joie, ni embrassades ne se produisent quand ils franchissent la frontière.
Mais une fois entrés au Koweït, ils ne cachent plus leur satisfaction d’être dehors. «Maintenant nous en avons fini avec l’Irak, c’est vraiment génial», lance le soldat Dan Mata, qui y a effectué trois rotations depuis 2003.De manière lapidaire, le sergent Baugher résume le sentiment de ses compagnons d’armes: «Il est temps de rentrer à la maison et c’est aux Irakiens de se prendre en charge».
Transfert des bases militaires
Les Etats-Unis ont transféré vendredi matin à l’Irak la dernière des 505 bases militaires dont ils disposaient dans le pays, au lendemain d’une cérémonie à Bagdad pour marquer la fin de neuf ans de présence controversée dans ce pays.Le représentant du Premier ministre, Hussein al-Assadi, et un colonel américain ont signé les documents dans une salle de cette base -appelée Imam Ali par les Irakiens et Camp Adder par les Américains- sur une table recouverte d’un tissu blanc derrière laquelle les drapeaux irakiens et l’étendard des forces aériennes irakiennes avaient été hissés, a constaté un journaliste de l’AFP.Avant la cérémonie, un officier américain avait indiqué qu’au plus fort de la présence américaine en Irak en 2007, il y avait eu jusqu’à 15.000 soldats sur cette base. «Ces derniers mois, a-t-il ajouté, il y a eu quatre attaques à la roquette contre la base sans faire de victimes».
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