Les quatre chefs de file des partis qui formeront le prochain gouvernement devaient se réunir hier soir pour entamer des discussions approfondies à propos de l’architecture gouvernementale ainsi que des portefeuilles ministériels. Il s’agissait aussi de mettre sur la table la question de la présidence de la Chambre des représentants, un poste très convoité, notamment par le parti de l’Istiqlal et le Mouvement populaire.
Ce point est crucial avant le démarrage des discussions sur la distribution des portefeuilles ministériels. La course au perchoir a toujours fait l’objet d’âpres négociations au sein de l’échiquier politique. Le parti qui aura l’aval de ses partenaires pour décrocher la présidence du Parlement devra faire des concessions au niveau des postes ministériels. Abdelilah Benkirane, qui a donné un point de presse hier à Rabat, a tenu à souligner que rien n’était encore tranché. C’est au cours de la réunion d’hier que les choses devaient commencer à s’éclaircir. Fidèle à sa bonne humeur, le nouveau chef de gouvernement a su dissiper le mécontentement des journalistes qui ont dû attendre 45 minutes avant le démarrage du point de presse, à cause du cafouillage organisationnel dû au manque d’expérience en la matière.
M. Benkirane a, en effet, préféré avoir un fond de salle n’affichant pas le symbole de la lampe pour parler en qualité de chef de l’exécutif. Aussi, a-t-il choisi, au dernier moment, de donner sa conférence sur les marches d’un escalier au sein du siège du parti. Ne manquant pas de répondre avec humour à la plupart des questions, M. Benkirane n’a pas voulu se prononcer clairement sur les préférences de son parti. Il a seulement cité le département des Finances auquel tient son parti. En effet, ce ministère-clef fait l’objet de plusieurs convoitises. Le PJD, qui s’est toujours exprimé négativement sur les choix de l’argentier du Royaume sortant, veut diriger ce département pour mettre en œuvre sa vision économique. L’Istiqlal tentera également sa chance pour obtenir ce poste.
Aucun chiffre n’a été véhiculé par M. Benkirane en ce qui concerne le nombre des ministres du PJD. «Tous les critères seront pris en considération. Les chiffres sont importants, mais il y a d’autres facteurs à prendre en compte», a-t-il relevé, tout en signalant que le prochain gouvernement comportera de 25 à 30 portefeuilles. Le PJD s’est auparavant prononcé pour un gouvernement restreint pour réduire les coûts et mieux gérer les secteurs. Mais il a constaté, par la suite, que ce vœu ne pouvait être entièrement exaucé en raison des ambitions des partenaires gouvernementaux qui ont décidé officiellement, le week-end dernier, de faire leur entrée au gouvernement.
Le chef de file du PJD a encore une fois lancé un message à ces formations pour le choix de jeunes et compétents ministrables. «Ce n’est pas une condition», a-t-il indiqué. Mais il s’agit, selon lui, d’une nécessité pour rassurer la population tout en évitant de reconduire au gouvernement ceux qui sont devenus impopulaires. Répondant à une question sur l’information faisant état de la désignation de Mohand Laenser à la tête du ministère de l’Intérieur, il a signalé «que rien n’est encore officiel et que seul le nom du chef de l’exécutif est connu». Néanmoins, il a indiqué qu’effectivement «ce nom circule». Quid des indépendants ? M. Benkirane ne voit aucune objection à la nomination de profils n’appartenant à aucun parti politique : «Si j’avais à choisir entre des personnes appartenant à mon parti et une autre qui n’appartiendrait à aucune formation, mais qui serait la mieux placée pour gérer un département ministériel, je n’hésiterais pas à opter pour cette dernière. C’est notre culture au sein du PJD.»
Les quatre formations politiques qui participeront officiellement au futur gouvernement sont, désormais, face à une étape décisive. Deux d’entre elles sont contre l’élargissement de cette majorité à d’autres partis politiques. Le Parti de l’Union constitutionnelle, qui nourrissait l’espoir de mettre fin à sa présence au sein de l’opposition, semble être écarté des calculs. Une première réunion officielle entre Mohamed Abied et Abdelilah Benkirane devait avoir lieu hier, selon ce dernier. Mais, rien n’est sûr. À l’heure actuelle, le chef de l’exécutif dispose d’une majorité confortable. Ses partenaires préfèrent ne pas partager les postes ministériels avec un autre parti politique, d’autant plus qu’il fait partie de ce que l’on appelle le G8.
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