- L’Economiste: Vous venez d’être nommé à la tête du ministère Affaires étrangères. Quelles seront vos priorités?
- Saâdeddine El Othmani:Il faut attendre que le programme du gouvernement soit présenté au Parlement. Nous avons remis notre copie. Ce sont les priorités du gouvernement dans les Affaires étrangères. Elles seront vérifiées et peut-être amendées. Car, c’est tout le gouvernement qui doit donner son avis. Il faut donc attendre que les priorités de ce gouvernement soient adoptées.
- Vous avez évoqué dernièrement les cercles des centres d’intérêt. Pouvez-vous nous en dire plus?
- Le préambule de la Constitution aborde cette question. Ce sont des principes généraux. Mais pour les priorités, il faudrait en parler sur le plan pratique et voir quelles sont les actions que nous allons mener. Car, dire que la première priorité est le Sahara, la deuxième la construction du Maghreb arabe, est très général. Pour tous les gouvernements marocains, la cause nationale est la première priorité. Reste que dans l’architecture de l’administration des Affaires étrangères, ces cercles ressortent: le premier est le Maghreb et le monde arabe, le 2e l’Afrique, l’Europe et l’Amérique du Nord …
- A propos du Maghreb, quand vous étiez à la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, vous aviez prôné une politique active en direction de l’Algérie. Maintenez-vous cette option?
- Ce n’est pas le moment d’en parler. Sans doute le chef de gouvernement abordera la question.
- La dimension économique commande de plus en plus la diplomatie. Comptez-vous intégrer cette donne dans votre stratégie?
- Bien sûr. Aujourd’hui, la donne économique est primordiale. Les relations diplomatiques servent essentiellement le développement économique et les échanges commerciaux. Il s’agit de diversifier les échanges, approfondir la coopération économique, culturelle et institutionnelle.
. On ne peut plus concevoir une relation diplomatique sans le volet économique.
- Tout le monde a constaté la montée en puissance de la Turquie qui joue désormais un rôle important au Moyen-Orient. Avec les deux PJD au gouvernement, peut-on envisager un axe Maroc-Turquie dans cette région et ailleurs?
- Tout est possible. Maintenant, c’est trop tôt pour le dire. Le Maroc a toujours eu des relations privilégiées avec la Turquie. Je cite essentiellement l’accord de libre-échange, qui est un signal de la volonté des différents gouvernements marocains et turcs. Je crois que nous allons œuvrer davantage pour améliorer les relations économiques mais aussi politiques et culturelles. D’ailleurs, il y a beaucoup d’étudiants turcs au Maroc et des étudiants marocains en Turquie. D’autres niveaux de coopération peuvent s’améliorer avec le temps.
- Le Maroc a signé des accords de libre-échange avec plusieurs pays. Allez-vous les revoir ou les amender?
- Nous n’allons pas les revoir mais les consolider. Nous allons essayer de les activer sur des aspects et voir comment les élargir. Le Maroc est un pays ouvert et nous sommes dans une ère de globalisation et de mondialisation. Nous n’irons pas contre l’histoire, mais vers la consolidation de ces accords en tenant compte des intérêts économiques et politiques de notre pays.
- La montée des gouvernements islamistes dans certains pays arabes est une réalité. Cette nouvelle donne va-t-elle reconfigurer les alliances et les regroupements dans la région?
- Sans doute, les nouveaux régimes de la région vont influencer les priorités de chaque pays. Mais pour le Maroc, cela ne va pas impacter d’une façon importante nos priorités. Ce sont des priorités constitutionnelles, des primautés d’un Etat et non d’un gouvernement. Pour le Maroc, nous n’avons pas ce problème. Le PJD n’est pas un nouveau parti qui est venu après une révolution. C’est une formation qui existe au Parlement depuis au moins 14 ans. Puis, nous sommes actuellement dans un gouvernement de coalition. Et j’ai toujours réfuté ce qualificatif d’islamiste collé au PJD. C’est plutôt un parti à référentiel islamique. Pour nous, le plus qu’apportera le PJD réside essentiellement au niveau de la gouvernance, l’amélioration de la gestion de la chose publique, la lutte contre la corruption et un dynamisme sur le terrain plus que dans les priorités d’un Etat qui ne changeront pas. Bien sûr, nous allons améliorer les orientations de notre programme qui vont apparaître dans le programme gouvernemental. Mais il n’y aura pas de grande différence entre nos priorités et celles des autres composantes de la coalition.
- A propos de gouvernance, qu’allez-vous faire de différent dans votre département?
- C’est en discussion. Il faut attendre la présentation du programme. Nous sommes au gouvernement. Il y aura des initiatives transversales qui intéressent tous les ministères. De plus, le nouveau ministre doit préparer un plan d’action avec les directeurs et les responsables du ministère des Affaires étrangères. Nous avons besoin d’un peu de temps pour le faire de manière professionnelle.
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