FORUM DE RABAT: LE MAROC À LA CONQUÊTE DE L’AFRIQUE

«L’Afrique n’est pas le problème, mais plutôt la solution». Le constat de Mohamed , président du Conseil du développement et de la solidarité (CDS), hier au Forum de Rabat, cristallise l’orientation des différents intervenants. Ce continent, en plein développement, constitue un réservoir de croissance, contrairement aux économies occidentales en pleine récession. Le compte bien en profiter comme l’a laissé entendre Youssef Amrani, ministre délégué aux . Le diplomate marocain a souligné que «l’économie africaine constitue un relai de croissance pour les entreprises marocaines». Le adopte une «coopération agissante, pragmatique et audacieuse avec les Etats africains», rappelle-t-il. Ce partenariat devrait être renforcé par des accords de libre-échange. C’est le cas de celui qui devra être signé avec l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dans une première étape, avant de se tourner vers d’autres espaces régionaux. Le ministère des est en train de «tracer les contours d’une véritable diplomatie économique», précise Amrani. Il s’agit de saisir les opportunités qu’offre l’Afrique. Mais cette «approche volontariste reste tributaire des opérateurs économiques qui devraient s’inscrire dans une logique à long terme», ajoute-t-il. Les entreprises marocaines, mais aussi africaines, peuvent saisir ces opportunités en «dynamisant les échanges entre les pays du continent dans un sens de complémentarité», estime . Les exemples d’entreprises marocaines qui ont réussi à profiter du potentiel de développement en Afrique ne manquent pas. Abdeslam Ahizoun, président du directoire de Telecom, l’une des entreprises ayant réussi son implantation en Afrique, a mis en avant les conditions nécessaires pour optimiser l’investissement dans l’eldorado africain. «La démarche d’investissement doit être marquée de rigueur et de professionnalisme», insiste-t-il. En clair, il faut mesurer la confiance à placer dans les institutions et le cadre réglementaire du pays d’accueil. Ahizoun a également soulevé l’importance de l’appui politique pour la réussite des partenariats en Afrique. C’est une relation win-win qui «permet aux entreprises africaines d’avoir une visibilité au niveau international, grâce aux regroupements», comme le souligne Moulay Hafid Elalamy, président du groupe Saham. L’ex-patron des patrons estime que les entreprises africaines «gagneraient à investir dans les pays du continent car leurs marchés ne sont pas encore saturés» comme c’est le cas en Europe ou aux Etats-Unis. Surtout que «l’intégration entrepreneuriale précède et prépare le rapprochement politique», avance Brahim Benjelloun Touimi, DG de la BMCE. Le peut jouer un rôle leader dans cette nouvelle dynamique de développement en Afrique, en se positionnant en tant que «hub régional», de l’avis de Fathallah Sijilmassi, DG de l’AMDI. Le Royaume dispose de moyens pour réussir cette mission, notamment grâce à la «mise en place d’éléments de compétitivité en matière d’infrastructures, mais aussi via les partenariats qu’il a noués au niveau international». Le «a vocation d’être la porte idoine pour l’Afrique via ses accords de libre-échange», selon Benjelloun Touimi. Le marché marocain étant de dimension réduite pour certains internationaux, l’intégration régionale permettra de mettre en œuvre des projets communs entre différents pays. Cette intégration, qui «constitue une priorité en Afrique depuis plusieurs années, n’a pas pu donner de résultats concrets», estime Philippe Hugont, directeur de recherche à l’IRIS. Les changements géopolitiques actuels présentent «une opportunité aux Etats africains pour profiter du déplacement du centre de gravité de la croissance», avance-t-il. Au moment où la croissance s’estompe dans le reste du monde, l’Afrique devrait réaliser un taux de 6% en 2012, selon la mondiale. Une dynamique vertueuse pour un continent encore en pleine construction. Mais il faudra rester vigilant et éviter certains écueils. L’un des principaux obstacles à lever est l’absence d’une harmonisation des réglementations des affaires dans les différents pays, ainsi que les problèmes de corruption. Il s’agit également de ne pas «surestimer la complémentarité entre les pays africains émergents qui peuvent être aussi des concurrents sur certains marchés», prévient Nezha Lahrichi, PDG de la Smaex. Les Etats africains devraient, selon elle, «présenter un front uni pour définir des projets communs, et établir un partenariat impliquant tous les acteurs de la société». Ils pourraient bénéficier de l’appui financier de certains organismes comme la BAD, dont le capital s’élève à 100 milliards de dollars. La africaine de développement a mis en place «des documents de stratégie d’intégration régionale», comme l’a noté son vice-président Mohamed H’midouche. Il a précisé que des «lignes de crédit à long terme ont été mises en place pour financer les projets africains». L’idée est de lancer des chantiers réunissant plusieurs Etats de la région. Pour développer cette approche, un problème de taille doit néanmoins être résolu. Les organisations d’intégration régionale sont souvent minées par des conflits entre Etats membres comme cela est le cas notamment pour l’UMA et d’autres groupements en Afrique.




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